Bu, lu et entendu à Sous les pavés…

Reportage

Des acronymes barbares, des vins et spiritueux libres, des mots justes et une belle reconnexion pour la bande à Sous les pavés la vigne, qui renouait ce week-end avec Lyon et les amoureux de vins naturels et actuels. Choses vues.

2 000 visiteurs, 73 exposants, 10 auteurs et 22 bénévoles en or ont animé le week-end dans le somptueux décor du Palais de la Bourse à Lyon, à l’occasion de la 7e édition locale de Sous les pavés la vigne (SLPLV).

Lu : le dessous des cartes

Comme toujours à SLPLV, les tables de livres sont garnies de façon pointue. Tout ce que le sujet « nature » compte d’ouvrages essentiels s’y retrouve, souvent avec les auteurs. Deux livres, un beau et un moins grand mais tout aussi costaud, nous font de l’œil. Deux livres à cartes. 
Es Brutal, de Romain Cole, parti cartographier le terroir catalan, à la rencontre de celles et ceux qui font les vins qu’il aime boire. Bilan : 23 entretiens, « techniques, parfois poétique, souvent politique, aussi savoureuse qu’indisciplinée, à l’image de leurs vins ».

Es Brutal, par Romain Cole, éd. Cambourakis, 24€ (octobre 2021)

Le beau livre, c’est celui de Jules Gaubert-Turpin, Adrien Grant Smith Bianchi & Charlie Garros, gros maniaques de cartes qui nous avaient déjà séduits avec leur Tour du monde en 80 verres. Là, ils proposent de cheminer sur la Route des Vins de France, s’il vous plaît

Les vignobles n’auront plus aucun secret, avec le détail des appellations, la description des cépages, des conseils de dégustation et bien sûr des cartes ! Dont une pépite : celle des climats de Bourgogne.

La Route des Vins de France, s’il vous plaît, par Jules Gaubert-Turpin, Adrien Grant Smith Bianchi & Charlie Garros, Marabout, 25€ (septembre 2021)

PS : Pour le prix d’une bouteille de nature « tout venante », on est repartis avec le Traité de bon usage du vin de François Rabelais pour ses farces, railleries, mensonges, argotismes, détournements et sophismes. 

Bu : Cuvée spaciale, Fleurie, domaine Château de Grand Pré

Des quatre cuvées (toutes élégantes) en dégustation sur la table de Romain Zordan, nous restons en apesanteur avec sa Cuvée Spaciale. Des gamays noirs à jus blanc d’environ 60-70 ans, de deux parcelles centenaires posées sur un sous-sol granitique. Vendanges manuelles, vinification à basse température, sans sulfite et avec levures indigènes, élevage de 7 mois en demi-muids. Une gourmandise tendue par des tannins secs et du fruit qui donne un Fleurie peu commun à 12,5% et tout autant élégant.

Note pour plus tard : aller rendre visite à la distillerie des Vivants (amer, anis et gin de fort bon aloi)  et ses copines brasseuses (la Valdaz et sa gose de soif parfaite), voisins de production au Quartier Métisseur, dans le Beaujolais vert. 

Entendu : « C’est proprement scandaleux »

SLPLV, HVE, VMN… On en a entendu des acronymes plus ou moins barbares lors du débat du samedi autour des labels qui, de l’aveu même d’Antonin Iommi-Amunategui (cheville ouvrière du salon) ne pouvait être contradictoire dans la mesure où la partie adverse (appelons-là ainsi sans chipoter) a refusé l’obstacle. Ainsi pour y voir clair dans la jungle des labels, il fallait compter sur Valérie Murat, Jacques Carroget et Éric Morain. La première, lanceuse d’alerte très au fait de l’usage des pesticides dans les vignes du Sud-Ouest, en conflit avec l’interprofessionnelle bordelaise pour « dénigrement ». Le tribunal de Libourne a en effet condamné en début d’année à 125 000 euros d’amende son association, Alerte aux toxiques, pour avoir publié des analyses montrant la présence de pesticides dans 22 vins labellisés HVE (haute valeur environnementale), considérant qu’elle portait préjudice aux propriétés et à la filière viticole du Bordelais. Valérie Murat s’acquitte tous les quinze jours de 800 €. Le prix, fort, à payer pour vouloir de la transparence sur le seul produit alimentaire non reconnu comme tel et dont le consommateur n’a aucune information complète quant à sa constitution.
Comme le répète systématiquement Éric Morain, baseliné « avocat du vin nature » depuis le temps qu’il défend la cause et les gens qui l’abreuvent (la cause hein, pas l’homme), un chat qui saurait lire dispose d’une indication précise de ce qu’on lui fait ingérer quand on lui donne des croquettes, un amateur de vin qui sait lire n’a rien à se mettre sous la dent en lisant l’étiquette de la quille qu’il achète. Et Jacques Carroget, troisième invité du débat, vigneron en Loire (domaine de la Paonnerie), président du tout nouveau Syndicat de défense des vins naturels à l’origine du label Vin Méthode nature (VMN), de soulever et expliquer le côté « proprement scandaleux » d’un label en particulier, le fameux HVE prisé du Bordelais. Fameuse Haute valeur environnementale qui vaut la ruine à Valérie Murat et un soutien des pouvoirs publics au déploiement de la certification HVE (76 millions d’euros inscrits dans le projet de loi de finances pour 2021), alors que celle-ci n’interdit pas le recours aux pesticides chimiques (cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques), contrairement au label AB (agriculture biologique). Et un produit non détecté ne signifie pas qu’il a été absent de la culture, surtout si un autre produit masquant (ou démasquant, c’est selon), de type Flow Pure (qui dissout les résidus de pesticides éventuels trouvés dans les vins produits), a été utilisé.
Mais alors, comment s’y retrouve-t-on pour ne pas « soutenir » une viticulture nocive ? « D’abord se poser une question : “À quoi veut-on trinquer quand on achète une bouteille de vin ? À la chimio du paysan ou à sa santé ?” propose Valérie Murat. Ensuite acheter bio (AB, Demeter, Bio Cohérence et Biodyvin, allez-y les yeux fermés, pour faire simple et basique). Y en avait au moins 73 échantillons à goûter à SLPLV. C’était bon et vivant.
Débat à (ré)écouter, capté par Radiovino, ici.

AV 

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