OMNIVORE PARIS 2020

À la prochaine !

  • Grande scène. Les Sammut, une affaire de transmission intelligente. ©Mickael_A._Bandassak
  • Outdoor, Raphaële Marchal reçoit Mory Sacko. © Alex Gallosi
  • Grand Angle. Sylvie Berkowicz parlait management bienveillant avec Thiery Marx et Sylvie Cromer. © Mickael_A._Bandassak
  • Florent Ladeyn démasqué. © Alex Gallosi
  • Les enceintes en place… et au milieu coule le Comté au stand de Jean-Michel Carrette (Aux Terrasses, Tournus). © Mickael_A._Bandassak
  • "Cette recette a le goût du silence de la mer". Hugo Roellinger. © Mickael_A._Bandassak
  • Claire Damon sur la Grande scène. © Romain Guittet

Monter sur scène, rester à hauteur d’homme et planer quand même. C’est le sentiment général qui se dégage du nouveau format du festival .

« On est resté sur les fondamentaux d’Omnivore », synthétise Romain Raimbault, nouveau et heureux directeur du festival, qui investissait un nouveau lieu, le Parc floral ; un nouveau format, ouverture plus large au grand public avec une véritable offre food ; une scène supplémentaire, l’Outdoor. « On a réussi à créer les conditions favorables à une parenthèse joyeuse », pour prendre le temps de se retrouver et d’échanger et de goûter une centaine de chefs… Le public est venu nombreux, a été aussi responsable et civique que l’exigeait l’organisation, on peut le dire, ce festival a été un succès.

C’était six scènes, un foodcourt à rotation et à fortes pulsations au cœur du festival, un bar extérieur entouré de food trucks… On a refait un tour de festival avec les principaux témoins en guise de flashback.

 

Jouer dehors

Honneur aux femmes. Non seulement les trois reines du sucré montées chaque jour sur la Grande scène (Claire Heitzler, Claire Damon et Jessica Préalpato) ou encore Céline Pham, Alexia Duchêne, Anne Legrand, Clio Modaffari et Laëtitia Visse, mais aussi les deux animatrices de scènes. Raphaële Marchal, pour commencer. La nouvelle venue baptisait de surcroît la nouvelle proposition, la scène Outdoor.

Elle aura accueilli seize prestigieux invités, parfois accompagnés, le week-end durant avec une fraîcheur qui a résisté au cagnard ambiant et à l’épaisseur des personnalités reçues. « J’ai tout fait pour le cacher, mais j’y suis allée terrifiée, et vraiment, je revivrais ça tous les jours. J’ai trouvé les chefs honnêtes, touchants, ils avaient choisi d’être là et ça se ressentait, et surtout le public tout doux, à l’écoute, posé, encourageant, c’était dingue. J’ai beaucoup transpiré et j’ai adoré. » Nous aussi.

 

Conscience/Résilience

À l’extrême opposé de l’Outdoor à l’intérieur, tout au fond, la scène cocktail, où il s’est passé des choses cohérentes. Alexandre Vingtier, l’hôte, retient avant tout « la personnalité des bartenders, des lieux à leur image, et des cocktails ad hoc, parfaitement adaptés à leur créateur, leurs clients, leur lieu et leur ethos. » Sur sa scène, « la technique s’est effacée devant la recherche de produits naturels, locaux ou très exotiques, s’affranchissant des recettes classiques mais néanmoins respectant la grammaire du cocktail, avec les légumes et les plantes qui s’invitent toujours plus dans les verres. »

Un mot qui revenait ? « Effet ! Effet de la carte de cocktail, effet du lieu, effet de la station de bar, effet des produits dérivés, effet environnemental, effet local et bien sûr les effets des cocktails, no / low, au cbd, du sucre… C’est l’âge des cocktails conscients ! »

 

Bien être

La conscience, qui ramène nos pas et nos souvenirs à la scène Grand Angle où Sylvie Berkowicz y a abordé de grands sujets. Elle retient « la densité, la réflexion, mais surtout, et c’est le plus important, on a entendu la preuve par l’exemple que des pratiques vertueuses, respectueuses, responsables, c’est possible et même rentable. Ça fait vraiment du bien d’entendre parler d’engagement, de collaboration, de solidarité. De voir émerger du positif malgré tout ce que le milieu subit. » « Tout est une histoire de confiance », comme l’a démontré Félix Girard, directeur de salle de la Mare aux Oiseaux, venu parler « d’oiseaux blessés » et de résilience afin de bien être en cuisine.

Stéphane Méjanès depuis la Scène Artisan a aimé la vue sur le décor sylvestre du Parc Floral, la lumière de la baie vitrée sur les échanges et sur un public toujours attentif et curieux. Il retient « des producteurs et des chefs, engagés ensemble pour une agriculture plus vertueuse, un maraîchage vivant et des animaux respectés jusque dans leur mort, que nous, omnivores, devons à nouveau regarder en face. » En écho, le « don contre don », prononcé par Anne-Laure Jolivet, citant l’anthropologue Noëlie Viallès, dans un petit abattoir après avoir dit merci à la bête qui s’en va, en regardant Jean-Michel Carrette pratiquer la méthode ikejime sur scène avec les poissons de rivière de Sébastien Kornprobst.

 

Un joli tour de France

Et au milieu, une Grande Scène, tranchant volontairement avec celle de la Maison de la Mutualité et sa théâtralité induite. Au Parc floral, les centimètres de hauteur et la distance du public rétrécis, les chefs se sont mis à hauteur d’homme pour montrer un travail humain. Boris Coridian a en apprécié chaque seconde. « On a fait un joli tour de France et ça a bien cuisiné sur scène. Romain Meder m’a scotché avec ses assiettes de palace non dressées et ses merguez de maquereau, c’était brillant, modeste et inventif… J’ai aimé le choc sémantique permanent qu’on a vécu. Il y a eu les chefs à discours, à instants de poésie, à emphase… Mais chacun a eu une expression personnelle et donné une lecture de leur langage culinaire. Je ne retiens que du positif. »

On a presque palpé l’émotion des Guerre-Genton, Ismail et Ines respirant l’amour qu’ils mettent dans leur travail à l’Empreinte, là-haut dans le Nord ; la joie presque enfantine et si touchante de Maxime Laurenson venu montrer dans la douceur de ses pommes dauphine de quel bois on se chauffe à Rustique ; la poésie marine d’Hugo Roellinger ; et enfin Pascal Barbot et Christophe Rohat.

Le point final disait tout d’Omnivore : ouvrir les perspectives avec du rêve, celui d’un chef présent dès les vagissements d’Omnivore au Havre il y a quinze éditions, qui déménage l’Astrance dans tous les sens du terme. C’est comme pour le festival 2021, on a hâte.

AV