CORONAVIRUS

Assurances : #Chefs en péril

Vous les voyez depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, nos chefs, posant de face, en veste de cuisinier avec leur panonceau manuscrit « Assurez ! Ou on va tous y rester ». C’est l’histoire d’un groupe Whatsapp de deux centaines de chefs qui devient un grondement citoyen mu par l’angoisse des conséquences économiques du coronavirus sur les petites et moyennes entreprises en général et les restaurants et leurs réseaux en particulier.

« Suis-je le seul à me demander pourquoi il n’a été mentionné à aucun moment le rôle des assurances ? Serait-il juste que les assurances (220 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018) et leurs réassurances (234 milliards d’euros de CA en 2018) soient les seules à s’en sortir indemnes ? », s’insurge Stéphane Jégo après les annonces gouvernementales du 24 mars, dans la pétition qu’il fait circuler depuis le 26 mars et qui comptait près de 90 000 signatures, deux jours plus tard.

Détaillé par le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, un plan prévoit le versement d’une indemnité forfaitaire de 1 500 euros sous conditions, concernant jusqu’à 600 000 entreprises, selon les estimations de Bercy, et financée par un fonds de solidarité aux très petites entreprises, indépendants ou micro-entreprises frappées de plein fouet par la crise du coronavirus de 1 milliard d’euros, pour mars, et autant pour avril. Est concerné par le dispositif tout restaurant réalisant moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires, ayant fermé pour respecter les mesures sanitaires de distanciation sociale.

 

« C’est rien du tout »

Le 19 mars, les membres de la FFA s’engageaient à contribuer à hauteur de 200 millions d’euros à ce fonds de solidarité. « Cette mesure de soutien aux TPE et indépendants vient s’ajouter à l’engagement pris le 19 mars de conserver en garantie les contrats des entreprises en difficulté en cas de retard de paiement suite à la pandémie et ce, pour toute la durée de la période de confinement, afin de leur permettre de poursuivre leur activité en restant couverts pour leurs risques assurés », ajoute-t-on à la FFA, qui s’engage également à différer le paiement des loyers pour les PME et les TPE appartenant à l’un des secteurs dont l’activité est interrompue en application de l’arrêté du 15 mars 2020.

Une « mesure de solidarité concrète » qui permettra aux professionnels les plus touchés de poursuivre leur activité en restant couverts pour leurs risques assurés, a déclaré Florence Lustman, présidente de la FFA.

Stéphane Jégo, le 27 mars, sur le plateau du Grand Oral des Grandes Gueules sur RMC réagissait ainsi : « 200 millions, ça fait 1 500 euros pour 45 jours. On a 18 personnes à l’Ami Jean, ça fait 43 euros par personne. C’est rien du tout […] J’ai aussi 3 apprentis, 150 producteurs, plus les vignerons… Je dois faire 9 000 euros jour pour payer tout le monde. Je ne demande pas 9 000 euros, je demande une aide a minima et qu’on se mette surtout autour d’une table pour écrire les lignes manquantes à ce vide juridique. »

 

« C’est pas prévu au contrat »

Pour un Stéphane Jégo virulent – « Je ne suis pas un chef en colère, je suis un chef d’entreprise en détresse » – combien de chefs angoissés ailleurs, sur le territoire, en raccrochant avec leurs assureurs ?

Julien Cruège (Restaurant Julien Cruège, Bordeaux) : « Échange succinct avec notre assurance : “C’est pas prévu au contrat donc rien, merci, au revoir”… Bercy précise effectivement que « les catastrophes naturelles sont prises en charge, mais pas les catastrophes sanitaires. » Julien Cruège ne se démonte pas : « Le manque à gagner est inquantifiable pour nous et pour l’économie française. Le nombre de personnes que nous faisons directement travailler est énorme. Exemple : nous n’achetons plus de poissons, donc plus de travail pour le grossiste, les pêcheurs, les transporteurs, la criée, le marchand de glace, l’armateur, le pompiste, l’assurance, le marchand de caisses, les fabricants de bateaux, de filets et tant d’autres… Et c’est valable pour de nombreuses autres professions. Et pour en revenir aux assurances, après l’échange dont je parle, aucun autre contact de quelque nature que ce soit… Silence total. »

Vivien Durand, pourtant pas du genre à se décourager, est résigné : « Moi, j’ai pas insisté. J’ai appelé par principe mais pas de surprise. Je me suis tellement pris la tête avec eux pour les cambriolages, la cuisine, etc… »

 

Comme Bruno Lemaire, ministre de l’Économie et des Finances, toute la restauration attend de voir comment va se concrétiser « l’effort de solidarité nationale » demandé aux assureurs. Le ministre attend également « des propositions innovantes pour concevoir un produit d’assurance qui permettra d’améliorer la couverture des risques sanitaires majeurs à l’avenir. »

Audrey Vacher, avec Lucile Arnaud

 

Pour soutenir les restaurateurs, et les producteurs, dans leur combat pour la reconnaissance par le gouvernement de l’état de catastrophe naturelle sanitaire, qui pourrait leur permettre d’espérer être couverts pour leur perte d’exploitation par les compagnies d’assurance
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