LA CARTE POSTALE DE PAULINE

Bulles d’air en Alsace

Le CLN#02 tourne dans toutes les belles caves, et Pauline poursuit sa route, fait sa tournée. Sa carte postale de novembre arrive d’Alsace, sa mélancolie est de saison. Et puis, toujours, revient l’encre de cette vie qui l’anime.

Quand tu dors dehors, y a tout qui est un espoir. La lumière par la vitre le matin, le dernier biscuit au fond du paquet, le bout de munster sur du pain rassis, ton imperméable enfin sec, un vigneron qui finalement répond au téléphone, l’invitation à un apéro, 10% de batterie sur ton ordinateur. T’apprends à être heureux de moins, à prendre le temps de plus, à ne plus craindre, tu regardes la nature autrement parce qu’on dirait que ça fusionne avec ton corps et ta tête, tout est mélangé, l’herbe humide est en toi, les feuilles mortes sur le sol sont tous les chagrins que tu laisses, la lumière qui déferle sur les Vosges, une perspective, les feuilles toutes jaunes des vignes, l’heureux temps qui s’écoule, et alors tu souffles.

Il faut sûrement l’éprouver pour comprendre, la disposition dans laquelle ça met, la solitude, le dévouement ou la dépendance à la vie qu’on laisse faire, quand on ne contrôle pas, ne dirige pas, ne contraint pas, et tout prend soudain une forme ou une expression beaucoup plus forte et intense, chaque rencontre et événement est plus pur, chaque goût, chaque odeur, plus indélébile en toi, c’est comme atteindre quelque chose d’éthéré dans la façon de vivre.

Aurélie, du domaine Geschickt à Ammerschwihr, m’a dit « tu n’as qu’à venir boire un verre en fin de journée », parce que j’étais morose à la fin du salon Brut(es) à Mulhouse, et on en a bu plusieurs, c’était bien d’être dans le canapé, de grignoter ces saucisses sèches qu’on appelle gendarmes, de boire 6 pieds sur terre, Pino, et Bulles de grand terroir, qu’elle me parle d’elle, de sa vie, de l’Alsace. Elle qui a fait des études littéraires, travaillé dans la décoration d’intérieur, qui est allée vers le vin à force de repas fins avec des amis, et qui a rencontré Arnaud en BTS viti-œno, elle qui aime les voyages lointains, le Brésil plus que l’Australie, mais qui est installée là en Alsace ici avec Arnaud dont c’est le domaine familial repris avec son oncle Fred, certifié Demeter depuis plus de vingt ans, et il y a de la solidarité sur le vignoble, des jeunes qui bougent, de plus en plus, il se passe des choses. Il me faudra d’autres soirs moroses ou non pour goûter encore leurs vins qui sont très bons, vrais, expressifs, qui attrapent, parce que prendre le temps c’est important, la vie l’enseigne, oui chez les Geschickt, ça ne m’a pas suffi, il faut que je revienne, il faut aller à travers la dizaine d’hectares de vignes, appréhender doucement pour saisir fidèlement leur histoire, leur démarche, voir un jour la maison qu’ils retapent plus haut, et Léo-Paul, 11 mois aujourd’hui, qui marche presque.

Et alors quand tu vas dormir sous les marronniers après un moment doux, simple et chaleureux, t’es plus léger et plus riche du sourire et de la bienveillance de l’autre, et ça donne toute la force pour sortir de son duvet le lendemain matin parce qu’on sait pas qui on peut rencontrer et ce qu’on peut vivre et ce qu’il peut se passer.

 

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