« BUVONS NATURE BORDEL ! »

Eric Morain, qui n’est pas avocat militant mais acratopote et omnivore invétéré, publie le 2 mai « Plaidoyer pour le vin naturel », son premier livre, aux éditions Nouriturfu. « Et il rend les hommes doux et les filles heureuses ».

Avocat pénaliste born in 1970, Éric Morain est féru de Corse, de Patagonie, de latin, de littérature (parlez-lui des « Thibault », de Roger Martin du Gard qu’on rigole, de « Désert », de J.-M. G Leclézio ou, mieux, de tout Jean-Paul Kauffman…), et il est donc épris de justice.

Il a vaincu pour Henriette au premier procès en France pour esclavage moderne, a obtenu la libération conditionnelle de Michel Cardon, aux oubliettes de l’administration pénitentiaire depuis quarante ans, a défendu le général Rondot, temoin clé dans l’affaire Clearstream et, en bon acratopote, il est devenu le fer de lance judiciaire des vignerons nature français et plaide la cause d’autres productions artisanales menacées, tel le camembert au lait cru.

Il ne pouvait que faire affaire avec Antonin Iommi Amunategui et Anne Zunino, de la « maison d’édition et d’événements qui s’avalent », Nouriturfu. Affaire conclue, chez Jaïs, repaire nature du VIIe à Paris, à grandes lampées d’un morgon de chez Foillard, après la sixième édition de Sous les pavés la vigne, le salon des vins actuels et naturels, l’an dernier. Éric Morain, que la grande Alice Feiring appelle le « wine patriot », y avait plaidé avec gourmandise lors du procès fictif (mais festif) du vin nature. Il y avait obtenu la relaxe de tous les chefs d’accusation (sauf l’ivresse sur la voie publique) et le vin nature fut condamné à une mise à l’épreuve de cent ans de franche camaraderie.

 

En absurdie

C’est justement cette plaidoirie qui fait l’objet de la première partie de l’ouvrage de maître Morain. Un ouvrage sain et fin, illustrations d’intérieur signées d’un de ses fistons, qui évite le piège majeur : définir ce qu’est le vin nature et nous saouler autant qu’un vin salement conventionnel et bien boisé. À la place, cinq histoires pour donner une idée de l’absurdie dans laquelle il a évolué depuis dix ans pour défendre Sébastien Riffault, Dominique Derain, Olivier Cousin, David Leclapart et Alexandre Bain. Un seul regret : elles sont trop courtes ! Mais Eric Morain préfère voir avancer les choses, alors il fait dans le concret : des propositions de définition, un état du droit pointu sur ce qui se passe à la Commission européenne… Ce qu’il appelle une « suite (un peu) chiante (mais importante) ». AV

 

«Plaidoyer pour le vin naturel», d’Éric Morain, aux éditions Nouriturfu, coll. « Le poing sur la table », 14 €, en librairie le 2 mai 2019