LA CARTE POSTALE DE PAULINE

Convinée

Chaque mois, Pauline Dupin-Aymard nous envoie une carte postale, un instantané de ses rencontres, de ce qu’elle voit, sent, trouve, goûte, entend… Ce mois-ci, elle n’échappe pas aux questionnements des temps covidés.

Je ne sais plus trop à quel point cela a du sens d’envoyer une carte postale d’un confinement, il y a comme un truc antinomique puisque la carte postale doit raconter quelque chose et faire s’évader, sous forme d’une vignette et de quelques lignes, raconter quelque chose vécu subjectivement, quelque chose d’unique, mais, comme on est tous confinés ?

La carte postale est peut-être dans la nuance alors, dans la couleur des rayons du soleil, leur persistance, la façon dont ils pénètrent la cuisine, envahissent la terrasse, nourrissent nos visages, dans la qualité du silence, léger le lundi, profond et souverain le dimanche. Le paysage s’émeut de l’absence, les plantes poussent, les arbres se couvrent de feuilles, et nous on est toujours là.

 

Prendre chaque moment avec acuité pour ce qu’il est. À chaque fois ces temps-ci quand on boit du vin, il y a cette pensée entêtante qui ne me quitte pas, que le vin est nourriture vitale. Il suffit de regarder comme le vin escorte les joies, les réflexions, les moments doux, ceux sinueux, réunit. Il suffit de contempler comme il soigne, panse, éclaircit, fait rire, touche, trempe les figures de larmes. Les bouteilles de vin trimballent des idées et des paysages, des pensées et des moments, transportent des énergies, qui t’attrapent. Et assise sur la marche de la cuisine l’autre après-midi, en une gorgée de Libre, du domaine Guirardel dans le Jurançon, petit manseng de macération,  Laura a dit « c’est merveilleux j’ai l’impression que ça m’enracine », et j’ai pensé que cette phrase valait mieux que toutes les descriptions d’arômes, énumérations de sols et cépages, j’ai pensé que peu importe si on sent l’acacia, le miel, l’orange, l’abricot, le fruit sec, la sève, parce que si tu sais ressentir que le jus qui coule dans la gorge t’enracine, alors restons confinés toute la vie, pour être attentifs à ce que nous vivons, le monde demain c’est sûrement là-dedans, dans le temps qu’on prend individuellement et collectivement pour observer, ressentir, imaginer, mettre en commun, et être enfin conscient de ce que l’on est et de ce que l’on fait.

La carte postale ce mois-ci, c’est peut-être, juste, encore, en soi, le vin, le vin vecteur, le vin qui raconte tout, et qu’il faut écouter, parce qu’il ouvre sur ailleurs, sur autre chose, et même sur là et maintenant, simultanément, prouesse.

 

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