LA CARTE POSTALE DE PAULINE

Des botiches à Baudelaire

  • Rosheim 2019.
  • Une tablée chez Kumpf et Meyer.
  • Tajine qui va bien.

Chaque mois, Pauline Dupin-Aymard nous envoie une carte postale, un instantané de ses rencontres, de ce qu’elle voit, sent, trouve, goûte, entend sur les routes qui la mènent à écrire si joliment ses carnets Chassez le naturel. Pour ce mois-ci, elle accorde l’Alsace de Julien Albertus au tajine de Ghita.

L’autre soir, Ghita a cuisiné un tajine de bar au citron confit, avec la chermoula bien sûr, persil, coriandre, cumin, paprika, piment, ail, huile d’olive, des pommes de terre, des légumes, tout cuit ensemble, étouffé, et les parfums, les couleurs, et les sons se répondent.

 

J’ai tout juste quitté Rosheim. J’ai encore les joues rougies par ce faux chaud d’après-midi, ou bien ces matinées presque glacées, encore cette douce électricité qu’il y avait dans l’air, présente dans toutes mes cellules, et les vendanges, l’équipe, la grande tablée, munster, tarte flambée, choucroute nouvelle, toutes ces botiches de raisins vidées dans le pressoir qui presse le jour et la nuit, les grains dorés, rosés, frais, le goût des jus sucrés, les colombages sur les maisons, les couleurs pastel un peu partout disséminées.

 

Le riesling Westerberg 2016 marie le tajine, presque trop bien, citron qui tranche, attrape le bord des joues, ça pète, et l’odeur, c’est calme, et herbacé, et puis, dans une autre gorgée, un peu d’ananas, et la salinité. « Au début j’étais pas trop content de ce vin, dit Julien (Albertus, du domaine Kumpf et Meyer), c’était trop vif, mais en fait, après un an de bouteille, ça a commencé à prendre de la largeur », et de la longueur. Ça saisit et me ramène là-bas, le vin c’est vraiment comme un témoin, un flacon qu’on dirait qu’il emmène d’un territoire à l’autre, toute l’énergie d’un lieu, des gens, d’un moment, ça me fout le frisson et pourtant il faut encore boire Hédoniste, le 2017, qui va peut-être au moins aussi bien sur le tajine, de sa couleur qui brouille les pistes, à mi-chemin entre rouge, rose, orange, cuivré, cette douceur, vin paisible, d’un vigneron très paisible, macération de pinot gris des plus jolies parcelles pendant 15 jours, presque entièrement égrappé, élevage en foudre, et l’amertume un peu caractérielle de l’orange sanguine, et l’acidité d’une fraise à peine mûre, ou celle de la cranberry, et ça coupe le souffle, le vin, les rencontres, le voyage, comme ça fait tout exploser, les goûts, les sensations, les souvenirs, les impressions.

 

Retrouvez Pauline sur les internets ici pour acheter votre exemplaire ou . Son CLN#2  sortira début novembre avec du domaine Kumpf & Meyer et Julien Albertus dans d’autres proportions.