CORONAVIRUS

États-Unis : Too small to fail

Depuis que Donald Trump a incité les Américains à ne pas s’agglutiner dans des restaurants, le 15 mars, aux États-Unis comme dans tout autre pays, la restauration n’y échappe pas : elle se prend de plein fouet le Covid-19 dans les comptes. Déjà plus de 3 millions de salariés de restaurants ont été licenciés, sur les 15,6 millions que compte le secteur, et le pire est à venir. Comment s’y préparent-ils ?

Alors que les États-Unis ont annoncé le plus gros plan de relance de leur histoire récente, soit 2000 milliards de dollars (pour rappel : 800 millions avaient été dégagés pour sortir de la crise des subprimes de 2008), l’industrie F&B s’inquiète. Si cette aide est nécessaire, elle ne rassure pas pour autant les restaurants indépendants, peu représentés lors des négociations sur l’aide gouvernementale. Dans une interview intense accordée au New York Times Magazine, David Chang – « food world icon » – dénonçait l’omniprésence de grandes chaînes de fast-food ayant les faveurs présidentielles, notamment McDonald’s, Papa John’s ou Domino’s. Un contexte d’incertitude dans lequel les restaurateurs et autres acteurs de l’industrie resserrent les rangs.

 

Relance

La National Restaurant Association (NRA) a initié le mouvement le 18 mars en demandant au gouvernement un fonds de relance dédié de plus de 145 milliards de dollars afin de faire face à une estimation de pertes de plus de 225 milliards de dollars dans les 3 mois à venir et prévoir des allocations aux 7 millions de chômeurs estimés. Demande épaulée plus localement par un groupe de chefs et restaurants new-yorkais (Momofuku, Contra Group, Atoboy, Jean-Georges…) qui ont formé dans la foulée ROAR, une coalition dont l’objectif est de faire pression sur les gouvernements nationaux et locaux afin de sauver leur secteur déjà fragilisé, ou du moins d’y limiter la casse. C’est également l’ambition du #saveamericasrestaurants, pétition d’une cinquantaine de chefs réclamant des aides sur mesure pour les entreprises de la restauration.

 

aides

Moins politiques mais efficaces, les sources d’aides fleurissent, sous forme de donations collectives et nationales (James Beard Foundation en aide aux établissements indépendants ou le Restaurant Worker’s Communty Foundation pour le soutien financier du personnel des restaurants ou encore le Restaurant Opportunities Centers qui vise à aider les travailleurs de la restauration sans papiers qui perdent leur emploi pendant la pandémie), de cartes cadeau en pré-achat  (The Dining Bond Initiative) mais aussi des Friends & Family individuels s’adressant aux habitués et amis de telle ou telle institution.

Le soutien aux personnels revêt aux États-Unis une importance particulière. Plus de 15 millions de personnes travaillent dans la restauration, avec des salaires qui se situent dans leur grande majorité en dessous du revenu médian du pays. Selon les chiffres du Bureau of Labor, le salaire moyen d’un serveur est en effet de 20 890 dollars, alors que le revenu médian au niveau national est de 31 099 dollars. La grande précarité de ces emplois et la faible couverture sociale – à peine compensée par une prime de 500 dollars versée sous conditions par la NRA – en font les victimes annoncées d’une récession économique qui semble inévitable.

 

Hashtag

Comme à leur habitude, les réseaux sociaux jouent leur partition à plein et diffusaient il y a quelques jours l’hashtag #toosmalltofail, en réaction à la crise de 2008 pendant laquelle le gouvernement fédéral avait renfloué les institutions « too big to fail ». Le sens de l’hashtag est simple : inciter chaque individu, en confinement physique certes mais pas intellectuel, à activer son réseau, à interpeller les législateurs et lobbys de leurs États et sauver les 13 millions d’emplois (soit 2/3 de l’industrie F&B aux États-Unis) portés par les restaurants indépendants.

C’est comme si le COVID19 déclenchait chez les Américains une (re)politisation générale de la restauration et des consommateurs. Un mal pour un bien ?

Noémie Lafon

 

PS : On peut voir et entendre David Chang dans Ugly Delicious sur Netflix, ça fait passer du temps malin sous Covid-19.