INSIDE CORONAVIRUS

Ils s’en relèvent

«Une double peine» pour Grégory Marchand, qui en a perdu le goût et l’odorat ; « Ça interroge le sens de tout », souligne Claire Poirrier, de l’Amante Verte. Ils nous racontent leur Covid-19.

« Normalement, c’est une période de folie pour nous. » Celle des semis, des timides bourgeons, des premières récoltes pour certaines fleurs qui entreront dans leurs infusions… Patatras, le Covid-19 est passé par Sixt-sur-Aff, en Ille-et-Vilaine. En commençant vraisemblablement par la cour d’école où est scolarisée la petite Jeanne de Claire et d’Adrien Poirrier, qui vivent de leur passion pour « la nature et le goût » en cultivant eux-mêmes des herbes pour créer les tisanes gastronomiques de l’Amante Verte. « On l’a amenée chez le médecin pour une vilaine conjonctivite, on ne savait pas à l’époque que c’était un des symptômes », s’excuse-t-elle presque.

 

L’empathie

C’était le lundi avant le confinement. La famille se met en quatorzaine, et une semaine après leurs rechutes lèvent les doutes, malgré l’absence de test, c’était bien ce foutu coronavirus. Suivant leur état, ils se relayent pour occuper Jeanne. À plat, le cerveau ne s’arrête pas. « Ça interroge le sens de tout », souligne Claire, chez qui l’effondrement faisait partie de l’horizon intellectuel depuis un moment, « mais pas comme une crainte ». L’an dernier, ils avaient accueilli à l’Amante verte une conférence d’Yves Cochet et Alexia Soyeux, où l’éventualité d’une pandémie avait été évoquée… Aujourd’hui, c’est une réalité, tout comme les restos fermés qui représentent 80% de leurs débouchés. « Nous, on peut bosser quand même, voir nos plantes pousser, récolter le calendula, c’est une chance immense », dit-elle, pleine d’empathie pour les chefs et les soignants, bouillonnant de n’avoir jamais cédé aux sirènes du sachet d’infusion qui pourraient leur faire tant de bien. « Prenez soin de vous est devenue la nouvelle formule consacrée, mais qu’est-ce qu’on met derrière ? »

 

«Ça va être long»

Eux ont fait une dernière fête, le fameux samedi soir où a été ordonnée la fermeture des restaurants. Ils n’ont pas bronché quand ça s’est enchaîné sur le confinement, les premiers symptômes déboulaient : la grosse fièvre, le souffle court, une toux de malade, et la perte du goût et de l’odorat… « Ça c’est vraiment la double peine ». Au chômage technique, Greg Marchand profite de la parenthèse : l’école à la maison, les repas quotidiens, et tous les deux, trois jours une virée rue du Nil, avec un passage au resto vérifier que tout va bien. « Et c’est déjà l’heure de l’apéro Skype. » Il n’empêche, « ça va être long »… et surtout combien de temps vont-ils tenir, économiquement ? « On a la chance d’avoir un peu de trésorerie, ça nous a permis de ménager le staff et les petits fournisseurs… mais personne ne prévoit de faire zéro et sans savoir combien de temps, ni comment ça va redémarrer. » En bonne championne de l’administratif, Marie examine toutes les aides possibles pendant qu’il gère les cours d’espagnol. « On attend que ça tombe pour payer les autres. On voit bien comme on est tous interconnectés, c’est vraiment chaud cette perspective de faire partie d’un cercle vicieux. »

Amélie Riberolle