scène Artisan 2020 / stéphane méjanès :

«J’aborde ça avec gourmandise»

Tout le monde va apprivoiser un nouveau décor cette année au Parc floral. Coup de zoom sur la scène Artisan, concentrée de savoirs et de saveurs, ouverte le week-end du 12-13 septembre et tenue par Stéphane Méjanès, sixième saison en cours, qui en parle mieux que personne.

Nouveau décor, format inhabituel, comment tu l’abordes cette fois ta scène ?

Sur le format, une « nouveauté » qui me tenait à cœur : sanctuariser un créneau « jus de crâne » chaque jour, à la même heure (14h30). Une personnalité qui n’est pas un artisan, ou pas seulement, et avec lequel on prend un peu de hauteur – non pas que l’on ne s’envole pas avec les artisans, mais c’est un autre registre. Un agronome décalé, Cédric Rabany, et un paysan-poète-penseur, Henri de Pazzis, cette année. Autre nouveauté, qui concerne le festival dans son ensemble, ce week-end sera ouvert à un plus large public, la scène Artisan leur sera accessible, j’espère bien rencontrer et convaincre de nouveaux profils, pas issus du sérail, pas habitués des bonnes adresses que l’on se refile entre nous, qu’une autre alimentation est possible. En espérant les attirer et les intéresser, pour écouter, réfléchir, comprendre, et pas seulement boulotter. En conséquence, j’aborde ça avec de la gourmandise, seulement frustré de ne pas pouvoir m’étendre sur quatre jours comme prévu initialement.

 

Un commentaire sur tes invités ?

Outre les deux extracteurs de jus dont je parle plus haut, je suis assez heureux d’obtenir une parité quasi parfaite, 11 hommes en tout (certains ensemble pour la même Masterclass) et 9 femmes. On aura un panier bien garni pour repas complet, avec des fruits et légumes, du pain, du fromage, du poisson, de la viande, du vin et des couteaux. J’ai un petit faible pour les binômes Artisan/Chef, une idée que j’ai essayé d’imposer quasi systématiquement quand j’ai repris la scène, pour montrer cette cocréation à l’œuvre dans les restaurants, et j’ai la chance de recevoir notamment quatre chefs que j’adore, Jean-Michel Carrette, Vivien Durand, Florent Ladeyn et Glenn Viel. Mention spéciale à Laure Fourgeaud, la guerrière du fromage de chèvre, et Hélène Réglain, la poétesse des carottes de pleine terre.

 

Ton meilleur souvenir jusqu’à présent…

Choisir, c’est renoncer. Pas un, mais plein de souvenirs. Le plus inspirant : Dries Delanote et Florent Ladeyn, salle comble, des gens par terre, contre les murs, un discours engagé pour une autre agriculture, une autre vision du restaurant, un locavorisme militant qui fait sens. Le plus touchant : Thierry Delabre en larmes, racontant comment le pain avait changé sa vie, lui avait peut-être sauvé la vie. Le plus déjanté : Guillaume Verdin arrivant sur scène avec une carcasse d’agneau sur l’épaule, Jean-Michel Carrette cuisinant les couilles de ladite bestiole, et le public qui goûte du bout des lèvres. Le plus gênant : Rémi Dufaitre et Alex Foillard, deux génies du Beaujolais, pas remis d’une soirée dantesque la veille, à peine réveillés, au bord du refus d’obstacle et finissant par très vite ouvrir des bouteilles pour détendre l’atmosphère. Et tant d’autres.

Recueilli par AV

 

La programmation ici.