Omnivore Paris 2019 > 10-12 mars

Jean-Martin Fortier l’Omniconscient

Pour le Cahier de cuisine inédit du Foodbook 10 consacré à la permaculture, nous étions allés à la rencontre de Jean-Martin Fortier au Québec, dans sa microferme florissante sans mécanisation ni chimie. Une voie nouvelle pour l’humain, reconnecté au sol, au vivant. Une masterclass à ne surtout pas rater dimanche 10 mars.

Devenu une figure de proue de l’agriculture bio-intensive au Québec et à l’échelle mondiale grâce à son livre Le jardinier-maraîcher, Jean-Martin Fortier est à la tête de la Ferme des Quatre-Temps, un projet agricole expérimental financé par l’homme d’affaires André Desmarais qui a pour but de développer un modèle rentable et respectueux de l’environnement.

Il nous en parlait dans le Cahier de cuisine du Foodbook #10, sorti en octobre 2018.

 

Extraits 

« Ici on parle d’abord de chiffre d’affaires et de rentabilité. » Ce sont les premiers mots de Jean-Martin Fortier, à peine débarqué sur le perron de la ferme où une petite armée de jeunes gens s’active en cette veille de marché. Le grand chapeau fané, hautes bottes maculées de poussière, barbe aussi drue que le franc-parler québécois, rompt d’entrée de jeu le philtre poétique. « La ferme est au service d’une économie et doit faire vivre les gens qu’elle emploie. On pense donc d’abord marge, tout le reste, le bio, la qualité des produits, n’est qu’un moyen d’y parvenir. »

Discours rodé, volontiers provocateur, très « ricain » dans ses accents libéraux… mais d’un réalisme économique sincère […] « On n’était pas nés sur une terre, explique Jean-Martin. J’avais étudié à l’université McGill à Montréal et j’étais allé aux États-Unis pendant deux ans au Nouveau Mexique pour étudier l’agriculture, c’était incroyable. Je suis revenu ici et rien, il n’y avait rien, à part les paniers bio. Les gens n’étaient pas intéressés par l’agriculture. » Et pour cause, les plus grosses fermes maraîchères d’Amérique du Nord en dehors de la Californie sont ici, sur cette terre noire, ultra drainée, ultra intensifiée et mécanisée. En saison, des centaines de travailleurs mexicains, main d’œuvre à pas cher, viennent récolter sur des centaines d’hectares des carottes et des laitues par dizaines de milliers. Et tout est acheminé par camion jusqu’aux Etats-Unis, où les prix sont meilleurs.

[…]

« Ici, on a trouvé une terre en fermage, un couple de restaurateurs, les Bardot, originaires de Bordeaux, qui élevaient aussi des canards. On est allés les voir et on leur a proposé de louer un peu de leur terre. Et ils nous ont dit oui ça nous intéresse, c’était ben cool ! Sous leur tipi, avec chien, chat et bientôt leur première fille, ils se mettent à cultiver sans apport chimique, sans ces labours qui retournent la terre et détruisent ainsi la biomasse précieuse (micro-organismes, vers de terre) patiemment enfouie par le temps et dont le boulot essentiel est de créer du sol, de reproduire sans fin cette terre fertile née une après-midi de big-bang. « On a trimé pendant deux ans avant de trouver un clapier à vendre. On l’a acheté pour 100 000 dollars et on a construit la maison dans le clapier, on a aménagé le terrain en planches permanentes… Je ne connaissais personne qui faisait ça dans ce coin du monde. Moi, je l’avais vu à Cuba où les agriculteurs qui n’avaient pas de tracteur ne renouvelaient pas leur terre chaque année en labourant. Et non seulement ça ne posait pas de problèmes, mais ça donnait au contraire des légumes incroyables et une productivité dingue. »

 

Jean-Martin Fortier sera sur la scène Artisan dimanche 10 mars à 12h35