LA CARTE POSTALE DE PAULINE

Joli mois de mai

  • La tielle. La vraie.

De l’Hérault nous est arrivée la carte postale de Pauline, comme une invitation bucolique à retrouver les plaisirs simples de joies et de partage avec un mercure clément, soit ce qui nous attend à partir de demain.

La tielle, c’est une tourte ou une tarte qui ressemble à une quiche mais faite avec comme une pâte à pain, elle est crantée sur les bords, ou plutôt cannelée, et puis, dedans elle est remplie de poulpes ou céphalopodes en sauce tomate légèrement piquante, pimentée. Ça se mange tiède, ou froid, et on m’a dit que quand elle était bonne froide, alors c’était une vraie bonne tielle.

On est allés chercher cette spécialité de Sète dans l’Hérault, à Mèze. La tielle a le moelleux, la fermeté qui se délite sous la dent, l’iode et la sauce qui coule et qui tâche, ça sent le Sud, les vacances presque, les longues journées d’été, les apéros, les pique-niques, et l’air qui souffle derrière les oreilles ; la tielle, c’est très agréable.

 

Dans l’Hérault ces jours de mai, il a fait plus de 30 °C, ça les travaille les vignerons – « si c’est comme ça maintenant, cet été la chaleur va être insoutenable, mais c’est comme ça je crois maintenant, on n’y échappera plus. » Une chaleur sèche, lourde, un soleil brûlant. L’année dernière, certaines vignes ont carrément cramé. D’autres vignerons craignent le mildiou, parce qu’il a beaucoup plu avant la chaleur. Certains, inquiets, traquent d’éventuels débuts de tâches sur les feuilles, vérifient la météo toutes les heures, parce que pour aller traiter en prévention, souvent avec du soufre et du cuivre, il faut une fenêtre de temps sans pluie ni vent, sinon le produit ne prend pas, il est lessivé, ou se déporte.

C’est toujours le printemps. Pas le même que le mois dernier. Plus engagé. C’est mai. Les vignes sont en fleurs et ça sent très bon. À cette période, on ébourgeonne, pour y voir plus clair. À cette période qui ne ressemble à aucune autre parce qu’au fond on n’avait pas vraiment le droit d’être réunis mais on l’a été quand même, on a profité de la vie, sous les arbres, on a bu des coups, on n’a pas parlé de maladie, on a rêvé, de maisons, de terres, de vignes, de projets, de villages, de changement, de familles, on a beaucoup ri, et beaucoup bu, et le temps était suspendu, en pleine saison à la vigne, mais pourtant le temps était suspendu, y avait presque rien d’autre à faire qu’à être ensemble, qu’à être là, ou alors y avait rien d’autre qu’on voulait faire. J’ai bu du vin, au domaine Mada, au domaine Inebriati, au domaine Obrière, j’irai prendre l’apéro chez vous, et j’ai bu du terret, du servent, des presses directes, des macérations, carboniques ou pas, des blancs mélangés au rouge, du rosé par vraiment rose, des trucs ciselés, je me suis éclatée à contempler ces gobelets – les vignes -, à suivre Alan le berger avec ses chèvres et brebis dans la garrigue, sur le Causse, j’adore le Sud, ça sent bon, le thym, le vent est tiède, il embrasse les fleurs violettes de chardons, ça m’avait manqué le voyage, la mobilité, les visages, paysages, l’amour d’être dans l’instant présent, insouciante, un peu, pas que, juste dans la franchise des rencontres et des célébrations de la vie.

 

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