CORONAVIRUS : Au Mexique

Le Covid 19, c’est… sorcier

Face à un Président qui préfère une nonchalance bien rodée aux risques économiques que provoqueraient des restrictions immédiates trop drastiques pour le pays, et qui confie le soin à des amulettes vaudous d’effrayer le méchant virus – dont le bilan officiel fait état de 316 cas et 2 morts, mais attendons l’officieux pour une vue juste –, les initiatives privées s’organisent.

Si la quarantaine n’est pas encore imposée et face à une nouvelle mesure imposant la fermeture des lieux culturels et de vie nocturnes (laissant ainsi présager la suite logique visant ceux de la restauration), les chefs, mixologues, baristas, sommeliers et boulangers, conscients de l’enjeu sanitaire majeur, ferment tour à tour leurs enseignes.

 

« Friends & Family »

Inquiets de la survie de leurs établissements, et face à un Etat 100% non providence, ils cherchent des moyens de maintenir à flot des navires souvent vulnérables. Collaboration avec les géants Uber Eats et Rappi, déclinaison de plats faciles qu’ils livrent eux-mêmes à vélo ou à pied, création de paniers « produits recettes » à faire chez soi, réduction sur les prix des bouteilles à emporter, « dessert box » aux cookies à la douzaine… Autant d’idées appuyées par les « Friends & Family », collaborateurs dépendants de cette industrie (organisateurs d’événements, presse spécialisée, influenceurs food et bien d’autres) qui lancent, depuis quelques jours, des fonds d’aides aux restaurateurs, des bons d’achats qui pourront être utilisés chez telle ou telle enseigne à l’issue de cette période de crise (Culinaria Mexicana ou Como Comi), des relais d’actualités de l’industrie (LEI, Food & Wine, El Universal, Cuarentena Gastronomica…).

D’autres encore se font plus politiques, car si l’initiative privée est nécessaire elle ne suffira sans doute pas. Ainsi le restaurateur Julien de Bellaigue lance un appel à la responsabilité du gouvernement concernant les mesures nécessaires (ajournement des impôts, baisse des charges patronales, suspension ou réduction des loyers…) à prévoir.

 

Tips pas au top

Car oui, ces actions individuelles sont belles, obligatoires et pleines de foi, mais elles ne sauront limiter les dégâts ou sauver le personnel de la restauration, dans un pays où l’industrie de la restauration repose sur plus de 60% d’économie informelle.

Quand on croise un chef au détour d’une balade (car oui, ici, nous marchons encore librement), ce sont souvent ses premiers mots : sauver son équipe à tout prix. Mais auquel ? Car rappelons-le, au Mexique, sur le modèle américain, les salaires mensuels des serveurs et des équipes en cuisine sont largement boostés par le bienvenu tip, le pourboire. Sans lequel la majorité de ces personnes – dont le salaire minimum journalier est de 102 pesos, soit 4,60 € – n’auraient pas de quoi payer leur loyer ou les quelques tacos journaliers sur le chemin du retour.

 

Un modèle à repenser donc (peut-être rendu possible par la crise du Covid-19 ?), mais qui justifie pourtant un plan d’action modéré et plus lent, s’adaptant à un pays fragile où l’économie informelle est prégnante. A l’instar de la France ou de l’Allemagne, de vraies mesures de soutien économique pour accompagner les entrepreneurs et les plus vulnérables seront nécessaires.

Noémie Lafon, au Mexique