LA CARTE POSTALE DE PAULINE

Le printemps Covid

  • Ail des ours.
  • Gave.
  • Le printemps est là.

C’est donc reparti pour quinze jours confinement pendant qu’on regarde s’affoler le bilan compteur du coronavirus. Lisons avec d’autant plus de joie la carte postale de Pauline, qui se nourrit de «cette étrange pause».

Je peux te parler du printemps, des bourgeons, des éclosions, des sols verts recouverts de pâquerettes, des poules qui picorent dans le champ de maïs les restes de la récolte de l’année dernière, du fossé poupard d’ail des ours qui palpite dans l’air que j’ai découvert en courant. J’en ai cueilli une grosse poignée rendue humide par la sueur suintant de la paume de ma main, et j’en ai fait un pesto, avec des amandes parce qu’on n’avait pas de pignons de pin, et du fromage de vache un peu sec parce qu’on n’avait pas de parmesan, et c’était bon quand même, peut-être pas assez liquide, mais ça a donné une belle purée vert vif, qu’on a mise sur des pâtes.

 

Je peux te parler bien sûr du silence, de l’horizon, du vaste, du vide, des montagnes qui mordent le ciel quand la vue est claire, et qui se soumettent dans la brume lorsque tout s’est obscurci. Contemplations. Je suis dans le calme reculé de l’agitation du devant de la scène d’une pandémie. Ici on est trois, le quotidien se répète et revient comme un cercle qui tourne. Chacune a sa manière d’accueillir ce qui la traverse et de remplir un temps qui semble ne pas exister d’habitude. Je vois l’espace béant où émergent pensées, émotions, actions, écritures, potagers, clôtures, constructions, soin aux poules, aux cochons, méditations, entre la joie de la solitude, la douleur de l’isolement, la complexité et la confusion pour trouver sa juste place dans un déroulement collectif du matin au soir et du soir au matin, sans discontinuité, tous les jours, discussions, nourritures, vins, silences.

 

Connectée par les réseaux virtuels à d’autres, ailleurs, je vois toutes les formes de réactions, et de vies, on n’a pas tous un horizon, il y a autant de paysages qu’il y a d’individualités, certains font, certains sont, d’autres les deux. Assise à ma table, je n’ai plus pour opportunité de voyage, que mes souvenirs, et mes rêves, et mes mots. Celle que je rencontre à nouveau c’est moi. Et une partie de moi est nourrie, largement, par ce chantier, par cette pause étrange. Mais l’autre partie rêve de dériver, assoiffée, de liberté, de fermer les yeux, de danser en sautant et tournant, d’embrasser, d’enlacer, de rencontrer, de tout lâcher, d’aimer, de rire, de pleurer, d’intensité, de toucher, de caresser, d’un câlin, d’un sourire qui vient d’ailleurs, de bienveillance, de beauté. J’ai envie d’humanité. Je pense à celles et ceux courageux-ses qui se confrontent à la maladie sans en avoir fait le choix. Doucement parfois je glisse et je suis mélancolique. Je suis happée et réfugiée en moi-même. Mais trouver en soi les petites joies qui mènent aux grandes, en conscience de tout ce qui se déroule au-delà. Au bout, c’est la lumière, et là maintenant chacun est en train de définir ce qui lui est essentiel, c’est un gros re-boot bouleversant.

 

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