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La Grenouillère, version papier

Après 10 ans d’un travail créatif acharné, Alexandre Gauthier  livre son premier ouvrage aux Editions de La Martinière.

La tranche est à l’état brut, sans reliure. Dès cette épaisse couverture, le livre d’Alexandre Gauthier s’impose comme un véritable objet artistique, comme un tableau expressionniste. Les premières pages tournées, l’impression se confirme, la préface est signée Milan Kundera, rien moins que l’un des auteurs les plus importants des 30 dernières années, fidèle client de la Grenouillère, cette improbable longère de Montreuil-sur-Mer devenue centre d’un monde à part…  

Ces 300 pages disent bellement l’amour du cuisinier pour ce lieu hors du commun qu’est cette auberge de campagne du XVIème siècle, réinventée il y a trois ans par l’architecte Patrick Bouchain. Les premières pages abordent les questions de transmission et de nouveauté, de terroir et de territoire, de radicalité et partage, les priorités du jeune chef.

 

Le reste du livre laisse parler la cuisine de Gauthier à travers de superbes photographies de Marie-Pierre Morel mettant à jour un lien sans cesse renouvelé entre les assiettes, la nature et le lieu. Les bâtonnets de meringue se prennent pour des troncs d’arbre, le velours d’algue pose comme un nid de caille. Les produits ont le premier rôle, et la transformation de ces matières premières délivre une reconstitution explosive de la nature dans l’assiette. Ce que les recettes des dernières pages permettent seulement d’entr’apercevoir  en même temps que les coulisses des créations de ce « cuisinier de la chair ».

 

Ce premier livre invite à découvrir ou redécouvrir tout ce qui se joue en ce moment et s’est joué pendant ces dix dernières années à La Grenouillère. La transmission d’un patrimoine, l’évolution d’un cuisinier, la quête de sens, le travail d’une équipe. Pour le reste, c’est encore Milan Kundera qui le dit le mieux : « Alexandre fait en sorte que tout ce qu’il nous présente sur les assiettes s’élève vers le domaine de l’art ». SA