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Le critique à la croque au Stef

Pas encore bouclé le dernier sac pour les vacances ? Glissez-y Tailler une plume, la fine galerie de portraits-robots des critiques gastronomiques d’aujourd’hui de Stéphane Méjanès. Et en allant chercher le pain, réécoutez le podcast de Casseroles, by Zazie Tavitian, sur le sujet.

Stéphane Méjanès est un chroniqueur gastronomique millésimé 1963, comme dirait une Diva du métier, si l’on se fie à la typologie qu’il a dressée pour concocter Tailler une plume, paru en mai dernier aux éditions de l’Épure. Dans une jolie collection, fort justement baptisée « Mise en appétit ».

 

« Opuscule potache »

Compagnon de route d’Omnivore depuis ses débuts, il a le sens de la formule, de l’observation, de la culture, un estomac et une plume, qu’il a affûtée pour ces 84 pages, « modeste opuscule potache », où « on n’est pas là pour se faire assommer, on est venu pour voir le défilé des critiques gastronomiques croqués », prévient-il à la Boris Vian.

Coluche, Pierre Dac, Michel Audiard, Georges Brassens et même Hubert Bonisseur de la Bath y causent aussi… Le monsieur a des lettres. C’est d’ailleurs sur cette base que nous avons accroché avec lui, dans une autre vie, sur les tables de la cantine du journal L’Équipe, où nous grimacions volontiers devant nos carottes au Paic citron. Lui surfait sur la toile, sortait du journalisme dit télématique (moment on l’on vous apprend peut-être qu’il a contribué à élaborer les 3615 du Parisien puis de l’Équipe) et nous parlait comme personne de Régis Jauffret ou de Pierre Jourde et correspondait avec une délicieuse écriture en pattes de mouche. Aujourd’hui, épousant son monde qui change, il est agile des doigts sur son rectangle connecté comme le commun des critiques gastronomiques (mortels ou pas) du XXIe siècle.

 

10 petits singes

Dans le cortège des dix sortes de critiques (« chroniqueurs » aurait-il provoqué un jeu de mots laid sans même garantir un calembour bon ?) gastronomiques, on avoue une tendresse pour le Glouton – « Je n’ai pas envie de décider, choisir c’est renoncer, faites-moi juste à manger » – et le Stakhanoviste (Omnivore est en plein troussage de son guide de rentrée, fatalement, ça nous parle), reconnu tout ce que nous fuyons (au choix, la Diva qui nous exaspère, le Tyran qui nous file des crampes d’estomac, tout comme le Blasé – « Il a tout vu, tout mangé, tout compris, on ne la lui fait pas, rien ne l’étonne, tout l’ennuie. »).

On a ri en essayant de deviner l’identité du Pique-assiette qui, « en guise de signe de reconnaissance, (…) porte (…) un Reflex numérique de bonne taille que l’on ne peut pas rater » ; souri à la lecture de ses chutes de chapitre – « Le cuisinier ne demande pas qu’on le couvre d’éloges mais au moins qu’on ne fasse pas la gueule et qu’on lui dise merci. De rien, c’est pour moi. » Vous reste à découvrir les caractéristiques de l’Incognito, de l’Influenceur, de l’Ingénu et de l’Antique. « Ha ha changer le monde ? Quelle drôle d’idée, il est très bien comme ça le monde, pourquoi changer ? »

Audrey Vacher

 

Tailler une plume, Croquons le critique gastronomique

de Stéphane Méjanès, Éditions de l’Épure, mai 2019, 12 €

 

© Stéphane Bahic