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Notre hotte liste

Offrir un livre pour Noël, c’est l’assurance de faire plaisir. Notre sélection, entre philosophie, roman, beau livre, carnet et manifeste.

Jules Gaubert-Turpin et Adrien Grant Smith Bianchi aiment le graphisme, boire et travailler ensemble. Heureusement pour nous. Remember leurs superbes cartes viticoles modernes ? Après La carte des vins s’il vous plaît, atlas génial des vignobles du monde en 2017, ils remettent ça avec ce magnifique Tour du monde en 80 verres, un alcool par pays. On ouvre au hasard et, page 40-41, verre n° 12, tout ce qu’on a toujours voulu savoir sur le gin anglais est écrit là, avec la recette d’un White Lady, de la data intelligente et pertinente et la citation qui va bien. Ici, « Le gin tonic a sauvé plus de vies et d’esprits anglais que tous les médecins de l’Empire ». Sacré Winston.

On aime bien aussi celle-ci de Jules himself :

« L’homme a inventé l’alcool avant la roue : on peut dire qu’il avait le sens des priorités »

Le Tour du monde en 80 verres, Marabout, 25€

 

À Bozar, table réputée de Bruxelles, Chihiro Masui a « vu et goûté la quintessence de la précision ». En fallait-il davantage à l’une des auteures les plus gourmandes pour consacrer au génie de Karen Torosyan, maître du pâté-croûte, du pithiviers et du koulibiak, son plat signature, un ouvrage magistral ? Ajoutez-y les photographies de Richard Haughton, qui rendent les pas à pas techniques supportables et vous offrez une bible, refermant les plus précieux secrets d’un cuisinier hors pair.

Secrets et techniques d’un cuisinier orfèvre, Flammarion, 45€

 

« Peut-on cuisiner en sauvant la planète ? » C’est l’une des questions essentielles que pose Philippe Toinard, infatigable cheville ouvrière des revues hédonistes 180°C et 12°5, à dix chefs qui, chacun à sa façon, « contribue à défendre une agriculture naturelle, paysanne et durable, à réduire son empreinte carbone, à valoriser les déchets, à diminuer les protéines animales, à proscrire les emballages en plastique, à refuser des matières premières venues de loin et à trouver des alternatives. » Vous les connaissez tous, de Florent Ladeyn à Glenn Viel, en passant par Catherine et Hervé Bourdon, Christophe Hay ou encore Jean Sulpice. Ce beau livre dresse le portrait de chacun d’entre eux par ce prisme, recettes en prime. Un cadeau à offrir en message subliminal à tata Martine, spécialiste de la gabegie de Noël.

Les Incontournables, 10 chefs engagés dans une gastronomie responsable, 180°C, 25€

 

Le titre est doux, le contenu implacable, d’une justesse profonde, comme sa cuisine. Olivier Roellinger a signé sans doute le livre manifeste le plus percutant de l’année. Il appelle à un « soulèvement alimentaire pacifiste et joyeux. Nous battre pour qu’enfin nous reprenions en main notre destin et arrachions des griffes des industriels ce trésor de l’humanité qu’est la nourriture. Car la nourriture est tout à la fois notre premier médicament, notre héritage et notre culture. Il est essentiel de transmettre le goût d’une cuisine écologiquement saine à nos enfants, comme nous leur apprenons à marcher, lire et compter. »

« Food for thought », dirait l’Anglais.

Pour une révolution délicieuse, Fayard, 18€

 

« Pour étouffer la douleur, je sors ton cahier de recettes. Je l’ai récupéré dans le tiroir de la table de nuit de maman avant que Nicole s’installe dans votre chambre. Je le feuillette souvent sous les draps. Pas tant pour lire les recettes que pour retrouver maman à travers son écriture… » Et Jacky Durand, plume culinaire de Libération, de dérouler son très beau roman qui évoque le métier de cuisinier, le partage, l’art de traverser les épreuves, la transmission et le charme des secrets. Émouvante lecture.

Le Cahier de recettes, Stock, 18€

 

Quand on a conscience de manger la dernière tomate de la saison, la dernière orange, la dernière asperge blanche et que cela nous émeut aussi fort que regarder la trace que laisse sur le sable le retrait d’une vague, on est en plein dans le Nagori si joliment écrit par Ryoko Sekiguchi, la poétesse la plus sensible et affûtée du goût qu’il nous a été donné de croiser jusqu’à présent. Offrir n’importe quel roman de Ryoko, c’est illuminer l’esprit du destinataire et accessoirement, le régaler. Nagori évoque la mélancolie de la séparation, de la saison qui s’achève. Une traversée littéraire et culinaire, à lire où que vous soyez à l’heure des grands bilans de fin d’année.

Nagori, POL, 15€

 

Précision préalable : cet ouvrage philosophique n’est pas un jus de crâne. Enfin, si, mais digeste. Servi par Olivier Assouly, infatigable du goût et de l’alimentation. «Face à des concepts réfractaires à toute jouissance alimentaire, la Philosophie du goût élabore un modèle singulier de sensibilité gustative qui pourrait ébranler autant les fondations de la métaphysique que celles de nos cultures occidentales.»

Philosophie du goût, Pocket, 13€

 

Last but not least, le sensible carnet de route de Pauline Dupin-Aymard à travers champs et vignes, qui vous envoie ici chaque mois une carte postale joliment troussée. Sa première livrée nous avait bouleversé, sa deuxième (oui, deuxième, parce qu’il y en aura d’autres) tout autant. Son propos ? « Raconter qu’accompagner la vigne, presser du raisin, élever du vin, cultiver des tomates, traire des vaches, s’occuper du poulailler, travailler le sol avec un cheval, planter des céréales, des pommiers, des cerisiers, vivre en accord avec la nature, se donner du mal en somme, pour nourrir, se faire plaisir, se réunir, c’est beau. » On confirme. Achetez votre exemplaire ou .

Chassez le naturel, Carnet #01 & #02, 16€