Sur la route

Pauline relève la vigne à Duras

Chaque mois, Pauline Dupin-Aymard nous enverra une carte postale, un instantané de ses rencontres, de ce qu’elle voit, sent, trouve, goûte, entend sur les routes qui la mène à écrire si joliment ses carnets Chassez le naturel. Ça se lit frais.

On a commencé à 7 heures parce qu’aujourd’hui il va faire chaud, tu le sens, quand tu te mets d’office en tee-shirt, quand tu vois le soleil briller déjà fort dans le ciel, et quand tu contemples la pureté et la défiance de ses rayons qui passent au travers des feuilles de vignes vertes qui paraissent alors presque fluorescentes.

On relève la vigne.

 

Il faut lever les fils du bas du palissage, coincer la végétation très touffue entre, serrer avec un petit crochet, entortiller parfois entre elles et parfois aux fils, les flages (les bois, les branches). On veut dégager le passage entre les rangs en fait, parce que là, ça a bien poussé, et ça retombe, au milieu, le cabernet sauvignon et le merlot, ici à Duras. C’est pour qu’on puisse passer au tracteur entre les vignes sans arracher de végétation, et puis pour faire correctement les derniers traitements de la vigne, car tout relevé, les petites grappes et les feuilles seront plus harmonieusement protégées.

D’ailleurs aussi, relever la vigne, ça permet de les exposer davantage à la lumière du soleil, et d’éviter un entassement de la végétation. Mais, c’est beau de regarder cette vigne qui pousse sauvagement, dans tous les sens, comme la liane qu’elle est, car sa mission première c’est de pousser, de grandir, de s’égarer, d’aller, de revenir, de s’agripper, de s’accrocher. La vigne est souple, on peut la tordre, l’enrouler, la manipuler, on les tresse, entre elles, aux fils, on fait un maillage, et c’est poétique jusqu’à ce que les herbes te piquent les jambes, que les graminées te fassent éternuer jusqu’à ne plus pouvoir s’arrêter, et que la chaleur fasse dégouliner dans ton dos, sur ton front et tes tempes, la sueur de ton dévouement, ça colle.

 

On boit de la bière au bout des rangs, on casse-croûte de jambon, pain, fromage, puis quand c’est fini, à 13 ou bien 14 heures, enlever ses chaussettes, décapsuler le pet’nat’, le blanc, le rouge, se détendre, se mettre au frais, manger, être satisfait du labeur effectué. Et ils ont dit : « Tu verras tu auras sur toi l’odeur de la vigne pendant plusieurs jours », puis rajouté « T’as des couleurs ».

Pauline Dupin-Aymard