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With love, from Pauline from le Gard

  • Collias, grenaches à portée.

Dans sa carte postale de septembre, instantané de ses rencontres, de ce qu’elle voit, sent, trouve, goûte, entend sur les routes, qui la mène à écrire si joliment ses carnets Chassez le naturel, vous pensez que Pauline Dupin-Aymard relate quoi ? Les vendanges, pardi. Chez Valentin Valles et les Frères Soulier à Collias, dans le Gard. Vous mesurez le bonheur ? Non ? Ben, lisez-la.

Le rendez-vous est fixé à 7 heures sur la parcelle de Collias, le Gard, l’équipe de vendangeurs des Frères Soulier s’équipe de sécateurs. Certains s’assoient sur un seau retourné, d’autres s’étirent en levant les bras vers le ciel, pas encore tout à fait réveillés ; mais tous sont tout de même hypnotisés par la boule orange qui naît et monte là-bas au loin, ce soleil qui est encore si tendre mais qui sera bientôt si brûlant.

 

L’équipe de vendangeurs de Valentin Valles tarde, mais quand on les aperçoit enfin apparaître dans un nuage de poussière, leurs visages sont déjà jubilants, rieurs, coquins, malicieux, festifs, sur un fond de musique, une odeur de viennoiserie, ils descendent du camion coloré qui transporte les caisses de raisins, et il n’est pas encore 8 heures que déjà le bruit retentit, l’appel d’air du bouchon qu’on a tiré d’une bouteille.

Cette parcelle se vendange à deux domaines car c’est un fermage qu’ils partagent. « J’avais envie de prendre ce fermage, mais pas tout seul, donc on l’a pris ensemble, même si l’année dernière il y avait tellement peu de raisin qu’on a tout vinifié chez les Frères Soulier », dit Valentin. Il en a fait la cuvée Canoë, Charles & Guillaume ont fait Kayak.

 

Juste en-dessous, il y a le Gardon, où, en fin de la matinée, on va plonger dans la rivière fraîche, rire grassement à pleines dents, boire du vin dans l’eau, et pique-niquer sous les arbres.

 

Les grappes de grenache sont grosses, belles, sucrées, juteuses, y en a beaucoup, et ça met de la lumière sur les figures des vignerons, celle nécessaire à tenir levées leurs paupières fatiguées de la veille. La trentaine de vendangeurs a la fièvre, l’énergie de l’être-ensemble, les canons s’ouvrent et se passent, boire au goulot, rire en disant « que de toute façon on partage tout », s’entraver dans les ronces, suer, ça colle, blaguer, s’affranchir, faire connaissance, contempler les baies, regarder au loin, affronter les rayons incisifs, chercher l’ombre, s’allonger à terre, la récolte est belle, les équipes embrasées, fougue, ardeur, courage, faire du vin, mélange de sérieux et de lâcher-prise, garder le cap, chacun ramène ses raisins en cave, faire baisser les températures, des raisins, des vendangeurs.

Et demain ça recommence.

Pauline Dupin-Aymard