LA CARTE POSTALE DE PAULINE

Native, douceur catalane

  • Damien, à la popote chez Native, à Perpignan.
  • Guillaume Fosse, artiste "en résidence" au quatrième étage de Native.

Maligne, Pauline Dupin-Aymard chasse le naturel au Sud, et y a trouvé du souffle et de la chaleur. Sa carte postale arrive de chez des artistes bons vivants, à Perpignan.

Au numéro 2 bis de l’étroite rue des Cardeurs à Perpignan, il y a Native. C’est un poumon, un point névralgique, un cœur qui bat dans une ville du Sud où l’on entend des mots espagnols et catalans à presque chaque table de restaurant, une ville où c’est souvent la fête, et où le ciel est plus bleu qu’ailleurs même si parfois la pluie s’éclate sur les pavés et laisse tout trempé.

 

Constance et Damien ont déménagé à quelques numéros de l’initial Native il y a quelques mois. Ils ont fusionné leurs deux activités, bar/restaurant et galerie d’art, et aujourd’hui leur lieu est un espace vertical, qui est aussi beau en vrai, en pratique, qu’en théorie et la symbolique.

À l’entrée, Damien cuisine, ouillade, poulpe, loup et gelée de kombucha, caille, butternut, l’acuité d’une technique pas stéréotypée, la passion, l’éclat, il y a un barbecue rouge et rond comme un œuf, des assiettes empilées, des carreaux suggestifs et délicats peints par Karla Sutra, un mur coloré de bouteilles de vins joyeux qui viennent de pas loin, l’apesanteur, la beauté percutante de l’harmonie dans l’incohérence, l’élégance dans la cassure inattendue, la beauté d’une empreinte et d’une signature.

L’escalier tourne et emmène au premier étage sur la longue, unique, rassembleuse, chaleureuse table. Native accueille des artistes. Cette semaine, ça change, il faut décrocher les œuvres de Gabriele Beveridge, et Guillaume Fosse prend le relai.

Au troisième étage se trouvent le bureau et la réserve, et au quatrième là-haut c’est l’atelier pour les artistes, où il y a aussi une machine à café, un petit bureau sur lequel vit une plante verte, et un autre escalier qu’il faut emprunter sans avoir trop bu parce que c’est l’apogée de la verticalité, et il y a un lit qui surplombe tout.

Guillaume contemple vaguement la grande toile blanche et expire fort. Il a des vieux tubes de peinture, des pinceaux, ça sent la térébenthine. Créer. Ça bouillonne. Peut-être en réponse à la cuisine en bas, à moins que ce ne soit l’inverse, car tout est pensé, cohérent, imbriqué et relié, étroitement, les idées de création, de faire, de rencontre, d’expression, sont partout, se nourrir, à tous les niveaux, le corps et l’esprit, et le gros tuyau en inox de la hotte de la cuisine traverse et réchauffe tout l’immeuble aux murs bruts.

 

C’est un lieu de vie comme aucun lieu n’a jamais autant incarné la vie, parce que ça respire, y a un souffle qui court de bas en haut et de haut en bas, qui vient de l’extérieur grâce à ceux qui viennent apporter leur énergie, pour se rencontrer, pour boire, manger, plonger dans un art, un langage, l’expression d’un individu, ça grouille de vivant là-dedans, et Constance et Damien, leur chaleur, accueil, générosité, curiosité aussi, ont construit un vrai lieu qui rassemble, qui éclaire, attire, et redistribue la lumière.

 

Native

2 bis rue des Cardeurs, 66000 Perpignan

Ouvert du mardi au samedi – 19:00-00:00

 

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