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Bière : la fin des usurpateurs

Exit la bière de Chartres brassée en Alsace, l’Alsacienne brassée en Belgique ou la Cagole marseillaise en République tchèque. Grâce au Syndicat national des brasseurs indépendants, dont l’amendement sur la transparence de l’origine des bières a été adoptée par l’Assemblée nationale début décembre.

Le 4 décembre dernier, la wifi pas si défaillante du TGV lui a permis de regarder le direct de l’Assemblée nationale et de faire des bonds sur son siège. « Gagner cette bataille face aux lobbies de l’industrie, c’est un rêve éveillé », s’enthousiasme Jean-François Drouin, président du Syndicat national des brasseurs indépendants (SNBI), trois petites années d’existence et déjà une belle victoire au compteur pour ses 470 adhérents : l’adoption par l’Assemblée nationale de l’amendement sur la transparence de l’origine des bières, proposé par le SNBI et porté par le député Thierry Benoit, avec l’appui de la rapporteure Barbara Bessot-Ballot et du ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume. Ils étaient peu nombreux (42), les députés, mais des marcheurs aux insoumis, presque tous (41) ont voté pour que le nom et l’adresse du producteur soient indiqués de manière évidente sur l’étiquetage, et que les mentions y figurant ne fassent plus apparaître un lieu différent du lieu de production.

 

Barbara Bessot-Ballot, rapporteure : Qui s’est trompé ?
Thierry Benoit : Tournée de bière pour celui qui a voté contre !

 

« On leur parle terroir, ils ont des étoiles dans les yeux… », nous dit Drouin. Un petit passage au Sénat au premier trimestre de l’année prochaine et c’en sera fini de la Cagole marseillaise brassée en République tchèque. Une exigence de transparence qui figure d’ailleurs dans la courte charte d’adhésion au syndicat, ainsi légitimé. Et d’autant plus nécessaire que, contrairement au vin, la bière n’est pas soumise à des IGP, AOC et compagnie. « C’est bien que la bière ouvre le chemin », sourit Éric Morain, grand avocat du vin nature, qui lui n’a pas de lobby. « Les travaux à la Commission européenne sur la réglementation de l’étiquetage sont portés par les anti-obésité… » De là à se dire qu’importe les motivations pourvu qu’on ait l’étiquette, il n’y a qu’un pas, que se refuse à franchir Édouard Roussez. L’houblonnier préféré d’Omnivore appelle à la prochaine étape : « Que les bières dites locales ne soient plus brassées avec des matières premières de l’autre bout du monde. » Et notamment, puisque c’est son sujet, des houblons américains achetés à des négociants. Mais au-delà, l’houblonnier rappelle que « le terroir, ce n’est pas que du marketing. Cela veut dire quelque chose en termes d’agronomie. C’est une responsabilité sociale. »

Celle que porte joliment Clémence Thibord, qui, en attendant la construction de ses bâtiments sur la ferme familiale à Pâlis dans l’Aube, a toujours informé le consommateur du lieu où elle brassait. Pour sa lager NTH, par exemple, elle a squatté chez Bellenaert, avec le malt issu de l’orge bourguignon de son frère, installé dans l’Yonne et des houblons de Flandre d’Edouard. « De l’épi au demi, de la fleur au fermenteur ! #withlove »

Amélie Riberolle