LA CARTE POSTALE DE PAULINE

Sexy khinkali de Géorgie

Janvier 2020, on resigne un bail pour des cartes postales de Pauline Dupin-Aymard. On lui a dit ça pendant qu’elle goûtait la Géorgie. Ça l’a toute émoustillée.

J’en ai déchiré un au couteau et à la fourchette, le jus s’est libéré comme une flaque dans mon assiette, la farce s’est délitée, mon ravioli, mon pauvre khinkali était en lambeaux, et la tablée de Géorgiens se moquait de moi en un mélange de sentiments de désespoir et d’indignation, mais quand même avec amusement.

Les khinkali, ça se mange avec les doigts, il faut prendre la bourse par le bout froncé qui tient tout le reste, mordre dedans délicatement, aspirer le bouillon qui coule et brûle la gorge, et enfin mâcher la pâte blanche, immaculée, presque livide avec la farce de viande hachée et oignons. Il y a beaucoup de sensualité à lécher et sucer un ravioli, j’ai mis ma pudeur de côté, personne ne semble embarrassé, c’est le #foodporn par excellence, le ravioli est doux, relevé, beau, juteux, moelleux, charnu. Mon voisin de table me conseille d’y mettre un peu de poivre, et avec ça, de boire d’une traite un petit verre de chacha, eau-de-vie locale, qu’on boit à se rendre malade, partout. D’ailleurs – et curieusement – un plat de khinkali arrosé de chacha, voilà le remède géorgien anti gueule de bois.

Les khinkali sont assez gros, la pâte est épaisse, et on laisse le morceau de pâte froncée sur le rebord de l’assiette. Mais à Tbilisi, je me suis piffrée de khinkali un tout petit peu plus petits, ils étaient trempés sous une sauce crémeuse aux champignons, et plaisir, délectation, euphorie, frivolité, mes mots trébuchent et ne savent plus si l’on parle de plaisirs de bouche, d’érotisme, d’appétit, il n’y a pas de hasard si les termes que l’on emploie s’appliquent jubilatoirement d’un côté comme de l’autre, ils décrivent des sensations et émotions similaires, ça dégouline, l’amour, le jus, la chair, la nourriture, voluptés, gémir, glousser, la langue est joueuse. Il y a un savant équilibre entre raffinement, délicatesse, franchise, concupiscence, débonnaireté, l’assiette simple et humble ne fait pas semblant d’être autre chose que ce que c’est, goulument, s’abandonner, je chavire, les khinkali sont les raviolis les plus sexy de ma vie.

 

NB : Khinkali se prononce [Rine-kali]

 

NB² : Pour un génial et intelligent topo #foodporn, écouter l’épisode 10 du podcast Salade Tout « à la pêche aux moules » : pépite belge par Elisabeth Debourse et Axelle Minne, coproduction RTBF et Centre de l’Audiovisuel et du Cinéma de la Fédération.

 

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