CORONAVIRUS : RENNES

Solidarité au carré

  • Épicerie Bercail-Pénates. © Olivier Marie
  • Romain Joly et le smoker qui va bien. © Olivier Marie

À Rennes, le Covid-19 a boosté les jolis gestes et les initiatives solidaires, qui devraient perdurer.

Après le moment de soutien aux soignants et d’aide aux sans domicile fixe est venu le temps de la solidarité aux producteurs et tout naturellement celui de la solidarité entre cuisiniers, pâtissiers, cavistes, producteurs…

 

Encore plus de lien social

Ils ne partaient pas de zéro évidemment. La solidarité et les échanges existaient déjà dans le petit monde de la scène culinaire rennaise (commandes groupées de produits, partage d’adresses de producteurs, prêts de matériel, participations communes aux différents événementiels culinaires de la ville…). Mais la mise au vert imposée le 14 mars a eu pour effet d’amplifier ces échanges.

Dans un premier temps, cette solidarité se tourne vers les autres, soignants et sans domicile fixe, au sein d’un collectif local et animé depuis un groupe Messenger. Il y a là des pâtissiers de boutique et de marchés, des cuisiniers salariés, des chefs propriétaires, des étoilés, des bistrotiers… « On se connait pour la plupart, mais pas tous. Ça nous a permis de créer des liens, c’est évident… D’autant que ce groupe devrait perdurer », se félicite l’un des cuisiniers qui a même participé à une maraude nocturne.

 

Paniers

Parallèlement, apparaissent des restaurants-relais de producteurs. Les étoilés L’Auberge du Pont d’Acigné et Ima, les bistrots Bercail-Pénates, Un Midi dans les Vignes, La Tonnelle à Vin, etc. proposent à leurs clients des paniers de leurs producteurs. « Un de nos maraîchers bio du coin, Gildas Macon, nous a demandé de distribuer ses légumes car il n’avait plus accès de façon régulière aux marchés. Nous avons complété ce panier avec d’autres produits comme les canards de la ferme du Mée, le beurre Froment du Léon de Thierry Lemarchand, les asperges de la Torche… Comment pourrions-nous ne pas être solidaires de nos producteurs ? » demande Sylvain Guillemot, de l’Auberge du Pont d’Acigné. Ailleurs, des restaurants, Bercail et Pénates d’un côté ou Coquille et La Mirlitantouille de l’autre, se muent en épiceries de producteurs. « Et il y a de fortes chances que l’on continue ainsi après le 2 juin », confirme Grégoire Foucher, de Bercail.

 

Salé/sucré

Mi-avril, au moment de repartir pour trois semaines de confinement, beaucoup se lancent dans la VAE (vente à emporter). Là encore la solidarité joue, entre cuisiniers. En relançant son activité sur la street-food, Florian Bobès de Debriñ propose à Marion Juhel, pâtissière voisine de 16h30 Pâtisserie Durable et gourmande, alors ouverte uniquement le week-end, de lui composer sa carte des desserts. De son côté, cette dernière n’hésite pas un instant à vendre, dans sa boutique, les pâtisseries bio d’une consœur, Soline Wood « Inti-Pâtisserie nomade » privée d’accès à ses marchés habituels. Bercail-Pénates fait de même dans son épicerie. Un peu plus haut en ville, lorsqu’ils louent un smoker pour fumer et cuire des poulets marinés, travers de porc, légumes, maquereaux… les cuisiniers d’Origines prêtent ensuite le fumoir BBQ à Bercail-Pénates qui, profitant d’une cour d’hôtel particulier prêtée gracieusement par une pépinière d’entreprises, relance le BBQ en extérieur. Jusqu’à un achat à plusieurs ?

 

Regroupements par quartiers

Dernier geste solidaire en date (et en cours), la création de #Tonrestoalamaison, un site internet qui recense toutes les adresses de ventes à emporter proposées par des indépendants à Rennes et alentour. L’initiative d’un webmaster, relayée par le restaurant Les Bricoles, vise à « réunir un maximum d’indépendants qui ne fonctionnent ni avec Deliveroo ni avec Uber Eats. C’est gratuit, chacun a sa page, ce n’est nullement exclusif… Bref, c’est fait pour aider à ce que l’on soit plus visibles », explique Alexandra Potier du bistrot Les Bricoles.

 

Autant d’initiatives et de geste solidaires qui en disent long sur l’ambiance d’une ville et sur les relations entre cuisiniers. À Rennes, où l’on voit fleurir des regroupements de commerces de bouche par quartiers, la dynamique est bien réelle et devrait aider à faire passer cette période compliquée.

Olivier Marie